Camilla West et Jack Kampmann
Deux visions modernes du paysage danois
du 09 juillet au 05 août

Invitée d'honneur : Anne Smith Peintre officiel de Marine

Camilla West - PAYSAGES et RIVAGES

 

Camilla West est une jeune artiste née en 1969. Elle a fait ses études à la prestigieuse Funen Art Academy au Danemark entre 1991 et 1997. 

Ses œuvres sont exposées dans le monde entier (Suède, Italie, Allemagne, Etats-Unis, Espagne,….) et désormais en France. 

 

Son approche de la peinture est souvent comparée à celle du célèbre peintre danois Edward Weie (1879-1943), peintre impressionniste soucieux de l’impact des couleurs et de leurs interactions. On peut également rapprocher son travail de celui des peintres de Skagen (groupe d’artistes scandinaves à l’extrémité nord du Jutland où la lumière est très particulière). 

Cette lumière si singulière, directe et crue, retranscrite dans les œuvres de Camilla West et du groupe de Skagen est souvent suggestive et supporte autant la force des vibrations atmosphériques que la quiétude de l’instant recueilli.

A travers la vie quotidienne, Camilla West s’inspire de ce qu’elle voit et expérimente les changements de temps et de saison qui modifient la perception des couleurs de la nature. L’artiste les capte de manière fugitive. Sa pensée transforme l’image fugace par une gestuelle picturale proche d’un certain lyrisme. Cette captation de la lumière immanente s’exprime à la manière des Impressionnistes mais la touche divisée ou virgulée de ses pairs est remplacée par des couches fluides, amples et parfois épaisses. Son jeu textuel de la matière fige ainsi la lumière du moment. 

Sans jamais tomber dans l’abstraction, un paysage peint par Camilla West reste toujours lisible : une simple ligne ou des courbes brossées sur la toile ouvrent un horizon, dessinent une ligne de côte, un rivage, soulignent la naissance d’un relief, la possibilité d’une île ou le tracé d’une route…

A la manière des Impressionnistes, elle s’inspire de la technique des séries avec un même sujet qui peut être peint à différentes heures de la journée et où la lumière captée n’est jamais la même. D’ailleurs, le titre de certains tableaux se résume à une heure précise et à un mois. 

Camilla West suit aussi les leçons de Paul Gauguin en retranscrivant la pensée subjective sur la toile. Elle peint une émotion personnelle liée à la contemplation des paysages qui lui traversent l’esprit. La geste semble instinctive, spontanée alors qu’elle est réfléchie. « Nous sommes les enfants de notre paysage » Lawrence Durrell

Camilla West aime le mouvement, alors elle voyage, marche et observe les motifs qui défilent sous ses yeux et dans ses pas, surtout dans la région de Tasinge et dans les paysages vallonnés de Svendborg. « J’ai commencé à voir des peintures dans les paysages » confie-t-elle. La géographie perfuse alors son âme. « Je ne peux pas peindre  ce que je n’ai pas vu », alors quand le sujet impressionne la rétine de son œil curieux, il lui faut très peu de temps avant que cette vision instantanée ne prenne forme sur la toile. La technique de Camilla West exige que la peinture ne sèche pas avant que le travail soit fini, conservant ainsi une expression fraiche et vibrante. Son travail se fait en une seule prise de vue sur la toile.  « J’aime un tableau quand c’est rapide » car celui-ci ne peut pas être corrigé. Sa technique lui interdit toute forme de reprise ou de repeints sinon les couches sous-jacentes interféreraient sur le résultat final. D’ailleurs, il est facile de suivre cet élan créatif et cette limpidité dans sa gestuelle presque calligraphique. 

C’est une paysagiste qui ose les couleurs contrastées. Cette audace, si chère à Gauguin, oppose en permanence des champs de couleur à travers ses créations. Les paysages s’installent par plans superposés ou alignés avec un constant besoin de l’épure dans la construction de la toile. 

Camilla West utilise avec talent le pouvoir et la force de la couleur. Des bleus profonds s’ancrent dans la nuit entre terre et mer tels des rêves d’ombre.  Un rose « parme » parmi des gris « acier » offre les dernières lueurs d’un l’horizon lointain qui crève le satin des eaux. Un rouge carmin embrase le ciel dans un dernier jaillissement ou allume ses étincelles au lointain.  Les rayons jaunes « tournesol » de l’astre de feu dardent l’aube naissante et envahissent la toile qui ruisselle de photons.  Les eaux lisses des matins calmes aux tonalités plus mesurées lèchent des rivages vert « émeraude ». 

 Brosses et pinceaux balayent la toile au gré des visions et apportent parfois un grain particulier d’où frémissent les brumes et brouillards de terres sans nom. Ces effets vaporeux aux contours imprécis rendent ces paysages mystérieux comme si des contrées nous étaient encore inconnues.

Dans un espace plus ou moins réduit, la couleur peut à tout moment crier, rugir ou tout simplement se poser et se reposer sur la toile. 

Entre ces couleurs arbitraires, se glissent aussi des lignes fouettées d’un seul coup de pinceau qui scindent ciel, mer et terre.  Ces bandes colorées offrent parfois plus de matière et de texture accentuant ainsi la perception réelle d’un relief.

Grâce à ces ruptures plus prononcées, Camilla West recherche volontairement un équilibre des volumes dans ses compositions grâce à de larges aplats aux couleurs intermédiaires voir apaisantes. 

Elle apprécie aussi la profondeur des champs de vision en jouant sur des lignes de fuite tracées par des routes imaginaires qui fendent ou sillonnent le paysage.  Comme des fenêtres sinusoïdales qui s’ouvrent au monde.

Dans la grande tradition des Ecoles Nordiques, une certaine poésie entre mélancolie et espérance prend forme à travers le spectre des couleurs puisées aussi bien dans un coucher de soleil au bord des ténèbres que dans un lever du jour où la chaleur montante imprègne l’atmosphère d’effet « sfumato » comme un rideau jeté par les dieux. 

En fonction de l’humeur des saisons, du temps et de sa propre perception de la lumière, Camilla West s’approprie les paysages qui s’offrent à elle, non pas pour elle mais pour nous les transmettre. Une vraie et belle peinture de contemplation qui nous rend si humble devant l’immensité des espaces naturels.  

Jack Kampmann et les îles Féroé

 

Jack Kampmann (1914 - 1989) est né à Londres, de filiation danoise, il passe son enfance aux Etats-Unis avant de s’installer au Danemark avec ses parents à la fin des années 20.

Il a fréquenté la prestigieuse Académie Royale des Beaux-Arts à Copenhague en 1933. Farouchement opposé au régime nazi, il abandonne la peinture et se porte volontaire dans l’armée britannique afin de combattre l’occupant durant toute la seconde guerre mondiale. En 1947, il devient membre des Kammeraterne (célèbre association d’artistes danois fondée en 1934). 

En 1948, il épouse Johanne Olsen et le couple décide d’aller vivre aux îles Féroé. Ils y vécurent durant de nombreuses années avec leurs enfants avant de revenir à Copenhague en 1964. 

Il organisa les premières expositions féringiennes d’Art Moderne et surtout créa le premier courant artistique des Féroé dont il devint le chef de file incontesté. De nombreux peintres plus contemporains suivirent sa voie inspirée d’une grande Modernité et considérée encore aujourd’hui comme une nouvelle école esthétique dans cette partie cachée du monde.

Après un passage éphémère à l’abstraction en tout début de carrière, un retour au figuratif s’impose rapidement à lui, surtout aux Féroé face à une nature colossale et à la puissance des paysages que dégagent l’archipel. 

Situé au Nord de l’Ecosse, à mi-chemin entre l’Islande et la Norvège, cette nature grandiose aux portes du continent offrent des paysages à couper le souffle, ponctués de pittoresques villages de pêcheurs. Jetées en pâture aux dépressions, les 18 îles sont balayées par des vents violents et hostiles. En premier plan, des côtes vertigineuses avec leurs amphithéâtres naturels et en arrière plan, les prairies lézardant les falaises en lisière de l’Océan, en font des décors dignes de Tolkien. 

Un magnifique terrain de recherche et de création pour le peintre qui y trouve naturellement ses motifs à travers la géographie  et les expriment avec des formes solides, aux contours clairs et aux nuances de couleurs contrastées. 

 Malgré quelques paysages cloisonnés, aux pentes herbeuses, façonnés dans la lave millénaire, en ces creux, l’artiste va surtout trouver son sujet de prédilection à travers la géométrie variable des baraquements de pêcheurs. Les volumes et les masses architecturales des maisonnettes vont accentuer cette influence cézanienne. Ce ne sont plus les « petits cubes » du maître qui se mettent en place mais les formes triangulaires des toits et celles rectangulaires des murs qui vont rythmer la composition de ses toiles. 

Les pêcheurs peignent leur habitat rudimentaire d’une couleur toujours différente de celui du voisin. Cette simple règle permet à Kampmann d’offrir une partition chromatique à son travail comme des notes de couleurs variant d’une structure à une autre. Une certaine musicalité s’inscrit dans l’œuvre, avec une géométrie des plans à la limite de l’abstraction. 

Ces maisons abris concentrent l’essentiel des matériaux liés à l’environnement naturel : la pierre, le gazon et le bois qui provient de la mer, emporté des terres lointaines. 

Le degré de variation élevée de la couleur de ces iconiques maisons rustiques peintes de rouge, d’indigo ou de jaune aux toits d’herbe verte égayent l’horizon comme une plaisanterie  lancée au ciel si souvent gris. 

Ces matériaux de construction lui procurent la liberté des textures, des grains, des pâtes à la surface de ses supports qu’ils brossent avec envie.

Kampmann  peint  ces icones d’architecture, inlassablement comme Cézanne peignit sa Sainte Victoire en essayant d’aller au plus profond du sujet, à l’origine des forces telluriques et dans un espace de liberté absolu loin des dogmes picturaux. 

L’animation est inexistante dans son œuvre même si ces baraques sont habitées par les hommes. L’artiste préfère imposer au sujet une forme de primitivisme simplifié proche d’une composition pariétale.

 

Jack Kampmann a exposé régulièrement au Danemark et en Suède dans de prestigieux musées tel le Kunsthal Charlottenburg et à la prestigieuse Galerie Birch à Copenhague spécialisée dans l’art moderne d’après-guerre et réunissant régulièrement les grands noms de la peinture internationale d’après-guerre.